INTERVIEW : Clepkens n’a pas eu peur de se remettre au boulotTemps de lecture : 6 min.

A 32 ans, Michaël Clepkens débute sa troisième carrière. Footballeur amateur cumulant son activité avec un emploi chez Electrabel, le gardien de but est ensuite devenu professionnel à Waasland-Beveren. Quelques années plus tard, il quitte le football pro pour une nouvelle aventure, à construire…

Formé au RWDM, en D1 quand il l’a quitté, « Mika » a connu une carrière riche en clubs. Prêté au White Star il est ensuite parti un an à Diegem puis deux ans à Malines, un premier tournant. « J’ai fait une superbe première saison avec un quart de finale de coupe de Belgique. Je suis devenu un peu plus connu. La deuxième année, il y a eu des investisseurs mexicains avec qui ça s’est mal passé. Ils ont ramené trop de joueurs », explique-t-il.

« Quand je bossais chez Electrabel, j’allais quatre fois par semaine à l’entraînement après le boulot. Habitant chez mes parents, ça allait… »

C’et après cette expérience qu’il a passé et réussi son test à Waasland-Beveren, où il a signé un contrat de trois ans : « Comme il fallait s’entraîner le matin et l’après-midi, ce n’était plus possible de cumuler les deux. J’ai travaillé 4 ans chez Electrabel. J’allais quatre fois par semaine à l’entraînement après le boulot. C’était des journées bien chargées mais j’étais encore chez mes parents, et ça allait. La transition a été parfaite. Quand on arrête de travailler pour effectuer sa passion… y’a pas photo. » Après deux participations au tour final, le club est monté en première division. Alors qu’il avait disputé 15 matchs la première saison, il est resté sur le banc lors de la seconde.

La suite ? « Après deux ans je suis parti à Courtrai. J’ai fait une saison là-bas puis je suis parti au Luxembourg, à Dudelange, qui joue un peu la Champion’s League. J’avais signé pour cinq ans mais je suis revenu en Belgique au bout de deux ans. Pour la famille, les trajets commençaient à devenir longs. » Au Beerschot, ensuite, Michaël Clepkens a connu une montée en D1B, avant d’être prêté à Lommel, avec qui il a également été promu. Sans proposition de contrat, il a choisi le projet de Knokke.

« A part Virton et des équipes de divisions inférieures, je n’avais pas grand chose sous la main rapidement. J’ai donc choisi la proximité par rapport à la maison. Je me suis dit qu’il fallait trouver un travail, et je l’ai trouvé à Brugman, notamment grâce à deux anciens amis du football, Thomas Weydisch et Grégory Verbeek. J’ai signé un contrat de six mois au service facturation du CHU. Ça me plaît et j’ai des horaires assez flexibles. Je commence à 7 heures pour terminer entre 15 et 16, puis j’ai entraînement à 19 heures, trois fois par semaine », explique le gardien de but.

Il entame donc une nouvelle carrière avec fierté et motivation : « Pour moi, il n’y a pas de problème. J’ai commencé par là et je savais que je terminerais par là. Il n’y a pas de transition, mentalement ou physiquement, je suis prêt. Se lever à 5h30, commencer à 7h, finir la journée vers 15h30 ou 16h, participer à l’entraînement à 19h et revenir vers 22h, ce n’est pas super facile mais c’est un choix. Sinon tu ne fais que travailler mais tu n’as pas de complément à côté. Je suis encore apte à jouer quelques années, tant que je ne suis pas blessé, donc pour moi, aucun problème. »

« Le monde du foot offre des possibilités, grâce aux connaissances accumulées au fil des années. Mais ce n’est pas parce qu’on connait quelqu’un qu’on obtient un job »

Après dix ans dans le football, il pensait éprouver plus de difficultés à trouver un travail : « Je pense que quand on veut trouver du boulot, il y a beaucoup de possibilités d’emploi. J’ai juste passé mon CESS, j’ai un diplôme d’éducateur sportif. Je n’ai pas fait d’études supplémentaires. A Electrabel, j’ai postulé, j’ai fait des tests et j’ai réussi. J’ai aussi la chance d’être quasiment bilingue grâce au football. J’ai postulé dans des écoles, puis j’ai appris que des emplois étaient vacants chez Brugman via des connaissances. J’ai quand même dû faire des tests. Le monde du foot offre beaucoup de possibilités grâce aux connaissances qu’on se fait au fil des années. J’ai effectué des tests dans des communes, des écoles, chez des concessionnaires, … J’ai postulé juste après mes vacances, fin juin, et j’ai commencé le 1er septembre. Maintenant, j’ai une période d’essai de six mois, c’est à moi à prouver que je mérite ce boulot et à construire une nouvelle carrière. »

« Les gens croient que les footballeurs sont très riches, mais ce n’est pas le cas. On gagne bien notre vie mais… »

Financièrement, l’ex-pro rappelle que tout n’est pas simple pour un footballeur : « J’ai passé 10 ans à un haut niveau mais je peux pas dire que je ne veux pas travailler ou que je n’en ai pas besoin, ce serait mentir. On gagne bien notre vie en D1 mais un footballeur joue à un haut niveau jusqu’à 35 ans, s’il a de la chance. Puis, ce n’est pas la même chose si tu joues dans le top six ou dans les derniers. Les gens croient que les footballeurs sont supers riches mais ce n’est pas le cas. On gagne bien notre vie mais on est taxés énormément. On doit faire attention, on a une pension qui tombe vers 34-35 ans. Si tu vis du foot pendant 15 ans, il faut savoir ce que tu vas faire après. Tu sais pas vivre de tes économies et de ta pension. »

Enfin, il rappelle que sa carrière footballistique n’est pas terminée : « Franchement, je peux pas être déçu de ce que j’ai vécu. J’ai joué un peu à l’étranger, des matchs européens, j’ai été quelques fois meilleur gardien de la division, j’ai remporté des titres. Il ne faut pas oublier que je viens d’une D3 et que j’ai pu fouler les grandes pelouses de D1. Je n’ai peut-être pas fait une carrière dans un grand club pendant 10 ans, mais j’ai baroudé dans le monde du football et c’est ce que je voulais faire. Mais c’est pas terminé ! Je suis à Knokke et j’ai encore des ambitions, c’est un bon petit club, ça continue ! » Bonne chance !