INTERVIEW : Delaby n’a jamais été footballeur professionnelTemps de lecture : 5 min.

Romain Delaby a désormais 38 ans et va terminer, cette saison, une belle carrière de footballeur amateur. Formé au Racing de Tournai, il y est resté jusqu’à l’équipe première, alors en troisième division. A 22 ans, il est parti vers Torhout avant de rejoindre l’US Centre six mois plus tard. Là-bas, il a marqué l’histoire du club en y restant 8 ans et en inscrivant notamment un doublé en coupe de Belgique face à Anderlecht, où évoluait un certain Lukaku.

« J’avais le choix entre un contrat semi-pro et pro… J’ai opté pour le semi-pro »

Vient ensuite une proposition de Virton : « Ils m’ont laissé le choix entre un contrat semi-pro ou professionnel. A ce moment-là, je travaillais en plus du foot. Je ne pensais pas gagner assez pour arrêter le football, étant donné que je ne pouvais pas savoir combien j’allais gagner en primes. Partant dans l’inconnu, j’ai préféré garder mon boulot à la FGTB. » Et donc cumuler deux activités prenantes, physiquement et mentalement : « Au niveau de la fatigue, c’était devenu difficile après la deuxième année. Je devais être au bureau à 7H30, terminer à 15H30 pour prendre la route, et ensuite rentrer après 23H. » Ce choix, il ne le regrette pas : « Prendre le contrat pro et abandonner mon emploi n’aurait rien changé. Il faut dire aussi que j’avais déjà la trentaine, et quitter mon boulot alors qu’une blessure est vite arrivée aurait été trop risqué. Il faut penser à tout, famille et enfants! »

A Tournai, Romain Delaby avait travaillé un an pour la SNCB grâce au plan Rosetta, avant de se retrouver au chômage.  « En 2003, quand je suis arrivé dans la région du Centre, j’ai eu la chance de trouver un travail à la FGTB Centre comme ouvrier d’entretien. J’y travaille toujours actuellement, en tant qu’animateur d’un groupe de personnes sans emploi. »

La suite de sa carrière ? Ath, une saison avant la disparition du club, avant de rejoindre le niveau provincial à l’Entente Binchoise (première provinciale Hainaut). « Je n’ai pas connu une saison pleine à cause de blessures, et je me suis ensuite rapproché de mon domicile en signant à Trivières (deuxième provinciale hennuyère). Là, je me suis vite rendu compte que ce niveau n’avait rien à voir avec la nationale et j’ai décidé de me lancer un dernier défi. » Il a donc sollicité le C.S.E. Manage, qui allait évoluer pour la deuxième année en Division 3 Amateurs : « Un concours de circonstance a fait que j’ai eu la chance de rejoindre le club, où j’entame ma deuxième saison. »

« Quand tu es jeune, tu veux jouer. Quand tu ne joues pas, tu sors et tu bois parfois la veille des matchs »

Romain Delaby n’a donc jamais été un footballeur professionnel, malgré un talent qui aurait pu le lui permettre. « Bien sûr, je voulais faire du football mon métier, mais plusieurs facteurs ont fait que ça n’a pas été le cas. Quand je regarde ma petite carrière, je me dis que j’aurais pu faire beaucoup mieux… En étant plus sérieux par moments… Quand tu es jeune, tu penses à jouer tout de suite. Et quand tu ne joues pas, tu sors avec tes amis le week-end et parfois, tu bois même la veille des matchs. C’est l’erreur à ne pas commettre. J’aurais dû être plus patient et travailler plus dur. En dehors de ça, quand tu as des clubs de D1 et D2 qui te veulent mais que ton club te bloque, ça freine ta carrière. Mais il faut se dire que si je ne suis pas devenu professionnel, c’est parce que ça ne devait pas arriver.

Question : si Romain Delaby n’avait pas joué au football, qu’aurait-il fait de sa carrière ? « C’est une très bonne question. A coup sûr, un sport de combat. D’ailleurs, j’ai pratiqué le MMA à la Team Bachy, où j’ai découvert des valeurs humaines incroyables. Là-bas, j’ai appris à me dépasser physiquement et surtout mentalement. Grâce aux entraînements, sur le terrain, j’étais moins essoufflé et fatigué. »
« Vivre du foot à l’avenir ? Si j’en ai les compétences, pourquoi pas ? »
Toujours concentré sur son jeu, le milieu de terrain pense à son avenir sereinement : « Je m’investis déjà dans le football puisque j’ai une équipe de jeunes à Trivières et que je donne des entraînements spécifiques à Manage pour U17 et U19. J’hésite à démarrer les cours de l’Union Belge pour des raisons d’emploi du temps. J’ai en tête de me lancer dans des séances de spécifique, pour les plus jeunes mais pas seulement, mais il faut un budget, un terrain, du matériel, … Je vais avoir le temps d’y penser à la fin de ma carrière. »
En tout cas, alors qu’il entame sa dernière saison de footballeur, il avance sans peur : « Ne plus jouer va me manquer, c’est sûr. Mais arrive un moment où il faut se dire qu’il faut stopper. La préparation devient de plus en plus difficile et on ne récupère plus de la même façon. Je ne sais pas si la formation pourrait pleinement me combler. » Et vivre du football, c’est encore un objectif ? « Si j’en ai les compétences, pourquoi pas. L’avenir me le dira, mais je ne me fixe aucun objectif. Je vis au jour le jour mais ce qui est certain, c’est que je vais profiter de ma famille quand ma carrière sera terminée. »