Sissy Mua dans la sauce : sa gestion de crise

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En pleine campagne médias, Sissy Mua et Trainsweateat ont été accusés, sur les réseaux sociaux, de harcèlement moral et management toxique. Ils ont mis deux semaines à réagir via un communiqué. Une communication de crise discutable. Analyse.

C’est Brandon qui a proposé le sujet. Après une séance de sport via l’application Trainsweateat, il a appris que la maman de l’app, Sissy Mua, était dans la sauce à cause d’accusations de harcèlement moral et management toxique.

Vous ne la connaissez pas ? Sissy Mua a une communauté de millions de followers sur les réseaux sociaux, construite autour de vidéos de coaching fitness et de conseils nutrition :

  • 1.4M sur Instagram
  • près de 2M sur Youtube
  • 638.1k sur TikTok
  • 46.7 sur X
  • 26.6k sur Linkedin après seulement 2 mois (pas mal pour une Rookie)

Elle a plusieurs sociétés autour de ces thèmes et propose une « application de sport, nutrition et lifestyle » : Trainsweateat. Une dizaine d’ex-employés de sa société TSE sont passés par Balance Ta Start-Up pour dénoncer du harcèlement moral, alors qu’elle était en pleine campagne de communication pour un nouveau service à destination des entreprises.

Lancement sur LinkedIn et tour des médias

Fin 2023, Sissy se lance sur LinkedIn. Boom direct : 11 133 likes au premier post. En février 2024, elle annonce un nouveau produit : TSE pour les entreprises. Une application qui regroupe un ensemble de ressources dans le but de « développer la santé physique et mentale, la marque employeur et la cohésion d’équipe » au sein des entreprises. Niveau médias : elle réserve l’exclusivité à « Les Échos » (19/02) puis passe chez Clique TV le 1e mars (presque 50 000 vues sur Youtube) et accorde une interview aux médias Forbes France, The Daily Swile et Madmoizelle, notamment.

Bonne stratégie mais mauvais timing ?

Est-ce le moment de lancer un produit axé sur le bien-être en entreprise, quand de nombreux employés démissionnent ? On n’est pas là pour faire le procès de Sissy Mua. On n’oublie pas la présomption d’innocence, mais on va juste se concentrer sur le timing et le danger de lancer ce type d’opération dans ce genre de contexte.

Dans sa vidéo « 2023 : la face cachée de Sissy Mua » (131k vues), la vieille meuf aigrie du bureau (vous emballez pas, je répète juste ses propos) reconnait que dans son aventure de business woman, les difficultés dont elle souffre sont souvent en lien avec la gestion des ressources humaines. Elle parle de démissions en décembre, par exemple.

Dès l’annonce du lancement de TSE pour les entreprises sur son LinkedIn, ça pète :

* « C’est pleurer, ou voir vos collègues pleurer »
* « J’avais la boule au ventre tous les matins dans les locaux »
* « Irrespectueux, rabaissant et démotivant »
* « Hurlait au téléphone et nous faisait clairement sentir que nous n’étions bons à rien »

Témoignage d’un ex-salarié (via BalanceTaStartUp) : « Elle prône une super vie d’entreprise, parlant de santé mentale au travail, d’équilibre vie pro/vie perso, alors que plusieurs personnes, y compris moi, avons du mal à nous remettre du harcèlement subi pendant tous ces mois.« 

Communication de crise désastreuse ?

Face à cette situation de crise, Sissy a réalisé une disasterclass, si on écoute ce qu’on nous dit à l’école. Elle a joué deux cartes : silence (durant deux longues semaines) et suppression de commentaires… La suppression de commentaires provoque souvent une deuxième vague et un « effet Streisand » (les internautes ont encore + envie de voir ce qu’on veut leur cacher). Elle donne aussi un argument en plus : elle n’assume pas les faits.

C’est après deux semaines qu’ils ont finalement réagi. Ils, parce que c’est via le compte de la marque Trainsweateat et via un communiqué signé par elle et son compagnon/associé, qu’ils ont choisi de s’exprimer.

Avant de voir ce communiqué, on écrivait dans cet article que TSE aurait dû s’exprimer rapidement, sur une base comme celle-là : « Je suis désolée de lire les témoignages d’anciens employés qui semblent avoir connu difficultés au sein de nos sociétés. Comme j’ai pu notamment l’expliquer lors des vidéos sur ma chaîne en décembre, nous nous remettons tous les jours en question pour nous améliorer. Voici ce que nous mettons en places… »

Le communiqué de TSE peut paraître froid et sembler manquer d’empathie. Mais on peut aussi se dire qu’il est carré, responsable et dosé. Qu’il répond à la nécessité de communiquer, sans rien concéder. On ne va pas en dire plus, puisque la rédaction d’un tel communiquée dépend de la situation précise de la marque (ampleur de la crise, dimension juridique, …).

La communication de crise, en théorie

Pour rappel, on parle souvent de 6 grandes étapes à respecter dans la gestion d’une crise, d’un bad buzz :

  1. Etre réactif
  2. Mais avec un certain recul
  3. Ne pas supprimer les sources critiques
  4. Choisir qui va représenter la marque
  5. Reconnaitre ses erreurs (et s’excuser?)
  6. Proposer des actions correctives

TSE n’a pas forcément manqué de réactivité puisque les commentaires négatifs ont été supprimé rapidement. Mais elle n’a donc pas respecté la 3e règle… Prendre du recul, ensuite, c’est sans doute ce qu’ils ont fait avant de publier leur communiqué.

Et maintenant ?

Face au tribunal des réseaux sociaux, on peut parfois se dire qu’il n’y pas de bonne stratégie. Un communiqué plus dur ? Des excuses plus claires ? Ce qui est certain, c’est que TSE s’est planté deux fois, au niveau du timing. D’abord au moment de lancer sa campagne médias. Et ensuite en mettant deux semaines à diffuser un communiqué.

Même si on ne se sort jamais indemne d’un bad buzz comme celui-là, la communauté de Sissy Mua n’a pas disparu en deux semaines. Les abonnés de son application ne vont pas tous s’envoler. Alors est-ce que la tempête va passer et TSE reprendre sa marche en avant ? On verra !

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Line Up Team

Quand on signe un article en équipe. Souvent avec nos stagiaires. D'ailleurs, un stage chez nous, ça te dit ?

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